Pour un Oui ou pour un Non

Créé en 2003 et représenté à : Le Chat Soleil à Montreuil, La Nacelle de Saint-Cloud, à Septeuil. Ce spectacle se joue dans des lieux qui ne sont pas obligatoirement des théâtres.

De Nathalie Sarraute

Avec : Marc Bottiau, Xavier-Valéry Gauthier et les voix de Sophie Guiter et Sezny Flandrin. Lumières : Jean-Luc Chanonat, Son : Jean-Pierre Bottiau

Mise en Scène et Scénographie : Jean-Paul Sermadiras, assisté de Deborah Zrihen

Deux vieux amis se retrouvent après une longue période d’éloignement car l’un (H1) veut faire dire à l’autre (H2) la raison de sa distance. Il lui faut insister longuement pour qu’enfin le mobile soit nommé : « Ce n’est rien… et c’est à cause de ce rien », « Tu m’as dit : c’est bien… ça. Juste avec ce suspens… cet accent. » S’ensuit une joute oratoire où chacun peu à peu découvre en même temps qu’il le formule qu’il vit cette amitié comme un piège et que finalement l’autre représente tout ce qu’il déteste.Voilà… Une parole est lancée et ça y est le sol devient chausse-trappe, les galeries se creusent sous les pieds des malheureux qui se risqueraient sur le terrain truqué du langage convenu. Un rien, un petit rien, un presque rien, c »est-à-dire un petit quelque chose allume la mèche qui court le long des phrases et risque à chaque instant de faire tout exploser. En effet, tout, à tout moment, les violences, les racismes, les totalitarismes, pourrait être mis à jour. C »est ce petit rien survenu à un moment anodin qui sert de point de départ à « Pour un oui ou pour un non ». Dans l »accent, dans le suspens, dans cette goutte de silence de la formule « C’est bien… ça », une impression se meut indistinctement, un germe d’action dramatique va proliférer et entraîner H1 et H2 dans une machine infernale. C’est alors que retentit un autre mot, plus grave : le mot « condescendant ». Pour la première fois dans une pièce de Sarraute, le mot qui jusqu’à présent ne faisait qu’installer le malaise, devient blessant et peut-être même meurtrier.En effet, dans cette pièce plus que toute autre, la confrontation des paroles, des mots, entre les deux interlocuteurs, est devenue, le heurt de deux hommes voire de deux mondes. Petit à petit, les mots échangés sont des coups que l’auteur, entre chaque parole, compte tel une arbitre.L’emportement entraîne mots, gestes, déplacements et aussi ce qui dépasse le mot, ce qui amplifie le geste. A partir de ce petit rien qui provoque une légère oscillation, le mouvement prend de plus en plus d’amplitude jusqu’à ce que dans cet excès et à cause de cet excès, le gag entre par effraction. Le gag est un grossissement ponctuel de l’humour, un accident qui signale une tournure d’esprit. Le comique, au contraire, serait un effet, une situation comique, une succession d’effets extérieurs. La situation de Pour un oui ou pour un non n’est pas comique mais po
urrait bien être tragique.

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